Analyse Dom juan n1

Dom Juan…, III 2

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Contexte historique : au XVIIe siècle, le blasphème = sévèrement puni par 1 forte amende ou l’amputation de la langue car péché mortel ou la mort (cf le chevalier de La Barre au XVIIIe).

L’aumône = d’actualité avec Saint Vincent de Paul (1581-1660).

Au XVIIe siècle, trois façons de servir Dieu existent :

– en étant fragzing prêtre (donc en prêchant et en répandant la parole de Dieu),

– en étant moine (retiré dans une abbaye, en compagnie d’autrui, et en servant Dieu dans le silence et la prière)

– en étant ermite (cf. « Je suis un pauvre homme, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans »). L’ermite se retire du monde et assume une pauvreté volontaire. Bossuet théorise cette pratique de « l’élémosyne » (l’aumône) en disant à peu près que le pauvre sert le riche (par ses prières, dans l’église) tandis que le riche sert le pauvre (par son argent, dans le monde). Cette espèce de solidarité (qu’est la charité) rend donc l’aumône tout à fait logique et entre dans la théorie de l’échange de « biens » (matériels/spirituels) qui lient pauvres et riches dans la société d’ancien régime. Le Pauvre n’est donc pas un « mendiant » mais un artisan de « la prospérité des gens de bien » (les dévots) comme il le dit lui-même. Dom Juan rompt le principe qui lie les chrétiens entre eux, ce qui explique le « non » final du Pauvre lorsqu’il se rend compte de la vraie nature de son interlocuteur.

Anecdote inspirée de l’histoire du chevalier de Roquelaure, libertin qui avait donné de l’argent à 1 pauvre ayant blasphémé ds la rue ?

Lecture analytique

SITUATION

“En offrant un louis d’or contre un blasphème, Don Juan devient fragzing Lucifer en personne »écrit, en 1942, Pierre

Brisson dans son Molière. Il se réfère évidemment à la scène 2 de l’acte III que nous allons étudier, tirée de

Dom Juan ou le festin de Pierre. Cette comédie sérieuse ou tragi-comédie de Molière fut créée le 15 février 1665 au théâtre du Palais-Royal, la plus grande salle parisienne et eut un franc succès ce qui ne l’empêcha pas d’être censurée dès le second jour. DJ est, comme l’antonomase le suggère, un grand séducteur et en même temps un impie qui, comme il l’a précisé à son valet Sganarelle, ne croit qu’ « en deux et deux sont quatre ». Il est donc athée et libertin. Son serviteur est apparu jusqu’à présent comme un adjuvant soumis mais critique. Egarés dans une forêt, ils s’adressent à un pauvre pour lui demander le chemin.

LECTURE

RAPPEL DE LA QUESTION ET JUSTIFICATION DU PLAN Pour répondre à la question : piété / impiété : qui gagne ?, cet affrontement verbal opposant les personnages sur plusieurs points : le thème, le type de texte et le registre (ou visée), nous allons donc organiser notre analyse dans cet ordre.

DEVELLOPEMENT

I – Les thèmes : argent (pour DJ) charité (pour le pauvre)

1- Contexte social

Pauvre = en dehors du monde social car ne possède rien « Je suis ds la + gde nécessité du monde » 26-27. Il prévient DJ et SG du danger des voleurs car eux possèdent mais c’est lui qui oriente DJ ds ce contexte social.

lexique caractéristique : « voleurs »6, « intéressé »12, « tte sorte de biens »15, « 1 habit »16, « prospérité »22, « à ton aise »25 « ds la +gde nécessité »26, « bien ds ses affaires »29 « pas un morceau de pain »31, « 1 louis d’or »33, « gagner 1 louis d’or »37

« intéressé »11 : DJ reproche au Pauvre de monnayer ses infos; « 1 habit »16 : DJ conseille au Pauvre de prier ds 1 but matérialiste et égoïste;

« à ton aise »25 et « bien ds ses affaires »29 : DJ feint de s’étonner de l’ingratitude divine. En parlant de « tte sorte de biens »15 et de « prospérité »22, le Pauvre s’éloigne de la piété en restant ds le domaine social mais il se réfère aussi à la religion ambiguïté : si le Pauvre pense aux biens terrestres, l’impiété gagne…

oppositions qui accentuent la entre DJ et le P, entre la vie en société, qui est liée à l’idée de possession et  d’augmentation des richesses, et l’ermite, qui vit volontairement dans la pauvreté et la prière mais le personnage est très ambigu car on ne sait pas s’il tient un discours approprié à DJ et SG ou s’il prie vraiment pour la prospérité sur terre !

2 – Contexte religieux

Charité = 1 des vertus théologales (qui a Dieu pour objet ) avec la foi et l’espérance.  Récurrence de « donner » l.15, 16, 23, 33, 38,46.

lien explicite entre les dons de Dieu et ceux des hommes. En contrepartie de ce qu’ils reçoivent, les mendiants prient et partagent avec les pécheurs les bénéfices que leur vaut leur innocence et leur vie d’ascète .Ce n’est donc pas 1 geste unilatéral entre 1 donateur et 1 obligé. Pratiquer la charité, c’est venir en aide à son prochain certes, mais c’est avant tt accomplir 1 geste pieux : cf. « pour l’amour de Dieu »

CL de la religion : « rends grâce »8, aumône »11, « prier le Ciel »15, « prie-le »16, « prier le Ciel »22,

« prie le Ciel »28, « jurer »34, « péché »36, « jures »38, « jurer »39, « jure »42 et 43

grâce aux récurrences prier/jurer, opposition très explicite entre la 1ère moitié et la 2nde. C’est DJ qui oriente le dialogue sur la religion.

L’expression finale de DJ « je te le donne pour l’amour de l’humanité »46 il se démarque du contexte religieux et affirme sa liberté 

il exclut Dieu du «fragzing marché » et se comporte ainsi en parfait libertin mais son geste peut être assimilé à une défaite : ayant son louis ds la main, il refuse de le remettre ds sa bourse pour ne pas être confronté au refus du Pauvre; il avait prévu de donner ce louis, il y parvient par une formule libertine. Le metteur en scène peut montrer son choix en faisant hésiter DJ.

L’impiété est liée à l’argent alors que la piété l’est à Dieu et à la pauvreté. L’impiété de DJ = évidente. La piété du Pauvre l’est moins. Le Pauvre connaît les objectifs de l’homme social : vivre dans le confort et donc faire prospérer ses biens alors que, lui, ne demande qu’à survivre ; c’est peut-être ce qu’il tente d’expliquer à DJ alors que ce dernier use de tte son éloquence pour convaincre son interlocuteur de se laisser pervertir. Cependant on peut penser que Molière ne croit pas en la sincérité religieuse du Pauvre et lui prête des réactions bassement matérialistes. Il ne l’a d’ailleurs pas nommé « l’Ermite » mais « Le Pauvre », lui dénuant un attribut explicitement religieux. Nous allons maintenant étudier, ds notre 2nde partie, les modes de communication : le discours explicatif du Pauvre et l’argumentatif associé à l’injonctif utilisés par DJ.

II – Les types de texte selon les personnages : explicatif pour le P, argumentatif et injonctif pour DJ

1 – Le P : expliquer

– Indique la « route » l.364 mais l’épisode peut se charger d’une valeur symbolique. Le Pauvre serait là pour montrer la voie à suivre et « détourner »4 DJ du mauvais chemin, la « forêt »5 symbolisant l’obscurité et donc le Mal. Sa remarque ferait donc partie de ces multiples avertissements que le personnage éponyme reçoit tt au long de la pièce. La droite représenterait le côté faste, le Bien (« Il est assis à la droite du Père ») [cf la symbolique du théâtre religieux du Moyen Age avec les Mystères de la Passion et les Miracles. La Gueule d’Enfer était à gauche des acteurs qui regardaient les spectateurs, le Paradis à droite. Cf aussi la symbolique des tympans des églises : le Christ en majesté avec à sa droite les élus et les damnés à sa gauche, dans le « pèsement » des âmes .]

– Prévient des dangers ( « des voleurs ») 6: le Pauvre est assimilé à 1 protecteur.

– Explique son rôle :

— vie de pauvreté : 13 « pauvre homme », 31 « pas un morceau de pain », 45 « mourir de faim »

— d’honnêteté : 36 « un tel péché ». Au XVIIe siècle, le blasphème = sévèrement puni par 1 forte amende ou l’amputation de la langue car péché mortel ou la mort SOIT crainte du châtiment et donc foi vacillante (!!!), SOIT foi inébranlable : Molière ne nous donne pas de clé d’interprétation définitive (cf contexte baroque). Le metteur en scène peut montrer son choix par le jeu de l’acteur.

— de solitude : « retiré tt seul ds ce bois depuis 10 ans »14 ms on ne sait pas s’il l’a choisie ou si elle lui a été imposée donc ambiguïté du personnage. — de prière : 15,22« prier le Ciel »

justifie son rôle d’intercesseur entre Dieu et les hommes MS prie pour la « prospérité » et non pour la grâce, le salut des âmes charitables (!!!!????)