Quand vous serez bien vielle

Analyse de poeme de Ronsard, Quand vous serez bien vieille !

SITUATION

43ème sonnet de la 2ème section du recueil Sonnets pour Hélène, publié en 1578. Hélène de Surgères, dame de compagnie de Catherine de Médicis, vient de perdre le capitaine Jacques de la Rivière dont elle était éprise. Ronsard a 54 ans, Hélène est jeune puisqu’elle est née en 1546. Ronsard, « le Prince des poètes », fait partie de la Pléiade (avec du Bellay qui en a écrit le manifeste: Défense et illustration de la langue française) Ronsard a immortalisé 3 femmes : Cassandre, son amour de jeunesse, Marie, assimilée à une jeune paysanne et Hélène de Fonsèque, dame de Surgères (morte le 15 janvier 1618, à 72 ans).

LECTURE

JUSTIFICATION DU PLAN

Pour répondre à la question : quelle est l’originalité de cette déclaration d’amour ?, nous étudierons dans un 1er tps les indices grammaticaux car leur nombre et surtout leur répartition sont significatifs. Puis nous repèrerons les indices temporels afin de prouver leur diversité. Enfin nous nous attarderons sur l’image des 2 protagonistes ce qui nous permettra de repérer qui est le plus mis en valeur.

ANALYSE

I – Indices grammaticaux

Récepteur : nbreux « vous » = Hélène v.1,3,5,11 « vous »,3 «direz »(vous sous-entendu), 8 « votre », 12

« votre », 13 « croyez » (vous sous-entendu), et 13 et 14 « vivez » en début de vers : mis en évidence,

« n’attendez », « cueillez » en début de vers : mis en évidence (impératifs)

Emetteur : « je » = Ronsard v.3 « mes », 9 et 10 « je » en début de vers : mis en évidence,12 « mon », 13 « m' »

= Hélène v.4 « me »et « j' ».

+ de 2èmes personnes : Hélène, en apparence = le centre du poème

MS

. Les « vous »prouvent que le poète s’adresse explicitement à celle qu’il veut célébrer MAIS Ronsard est nommé 2 fois au début du 4ème vers et à la césure du 7ème Hélène ne l’est que ds le titre du recueil.

Ronsard semble voler la vedette à Fragzing

v.11 « vous » devient « UNE vieille » au début du second hémistiche →  article indéfini = mis en évidence  cruauté de l’anonymat, Hélène perd son caractère exceptionnel

Déterminants généralisateurs « LES ombres »(v.10),  » LES roses de LA vie »(v.14) Progression : au début, notre attention = tournée vers les 2 PROTAGONISTES

puis les 2 tercets généralisent progressivement pour finir par « LA vie » placé à la rime concerne TOUT LE

MONDE

 Poème en apparence intime et lyrique, qui ne concerne que le couple MS, en réalité, Thème = élargi à la condition humaine.

II – Indices temporels

2 périodes

Présent de l’écriture Futur + ou – proche

v.13 « Vivez + « croyez » v.4 « me célébrait du

tps

« n’attendez » que j’étais belle »

v.14 « cueillez »

= 3 impératifs injonction = 2  imparfaits

mettent l’accent

sur

la fuite du temps (passé révolu

dans

l’imagination de Ronsard, alors que

v.1 « Quand VOUS SEREZ[…] au soir »

v.3  » Direz »

v.5  » vous n’aurez »

v.9  » JE SERAI »

v.10 « je prendrai »

v.11  » VOUS SEREZ » les futurs brossent 1 tableau irrévocable 

(mode indicatif = mode de la certitude) Ronsard prédit le destin d’Hélène : il se présente comme détenant la vérité

c’est

le présent…)

v.14 « dès aujourd’hui »

= déictique immédiateté

v.13 « demain » = déictique trop tard…

6 verbes pour le présent de l’écriture et 6 pour le futur (PROLEPSE) MS gde présence du futur car les 12 premiers vers s’y situent (v.4 = prononcé dans le futur : Ronsard joue sur les périodes )

 Chute ou pointe du sonnet concerne le présent. Impératifs = morale = argumentation rappelle un apologue mais poème aussi intimiste et donc lyrique. Ronsard veut persuader Hélène de se donner à lui.  Diversité des temps et des modes : présent, imparfait et futur de l’indicatif puis présent de l’impératif. Ronsard oppose deux périodes : le présent, où tout est encore possible et le futur, où tout sera perdu si Hélène ne réagit pas…

III – Image des 2 protagonistes

1–Hélène

Rimes en [εl] et [ã] = sonorités douces . (rimes suffisantes, pauvre et riche)+ Nbreuses occurrences de

[ã] + nasales = monotonie, lenteur des gestes associées à un décor caractérisant Hélène : « auprès du feu » connote la froideur proche de la mort; « Chandelle » connote l’aisance matérielle.

Alternance à la rime de termes évoquant la lenteur de la vieillesse et la réaction au nom de Ronsard.

 Déclin de l’âge cf. champ lexical des attitudes : « assise »v.2, « accroupie »v.11) et des activités ( v.2″dévidant et filant », 3 « chantant »,6 « labeur »,6″sommeillant », 7 « réveillant », 8 « Bénissant ».  parole plutôt qu’activité physique, connote l’usure. v.2″dévidant et filant » rappelle les trois Parques : Clôthô, la fileuse, Lachésis, la destinée qui enroule le fil, Atropos, l’inflexible qui coupe ce fil de la vie. Cf. La Pléiade qui s’appuie sur la mythologie

 Vieillesse explicite avec modalisateur « bien vieille » [bјεvјεј] (1er ε avec tilde car nasale) : phénomène d’écho rappelant cette vieillesse tps suspendu : la vieillesse est présentée comme une « non vie »

Dégradation de l’attitude en quelques vers v.2 « assise », v.11 « accroupie »  Hélène se tasse comme si la vieillesse s’accentuait rapidité de la fuite du tps et de ses « méfaits ». La vieillesse est inéluctable

MAIS rythme différent :  nbreuses coupes ds 2 1ers vers = activité d’Hélène effet d’essoufflement  rythme plus haletant à la fin invitation pressante à réagir

Présentation négative de l’avenir d’Hélène car lié au regret : « regrettant mon amour » vers13 : 1er hémistiche du dernier tercet = en valeur cf allitération en [r] dans « regrettant », « amour », « votre », « fier » connote un reste de vigueur consacrée à déplorer son « ancienne » attitude : le «fier dédain ». Relevons la redondance , le dédain étant du mépris orgueilleux…

« mon amour » est la seule évocation du sentiment de Ronsard à l’égard d’Hélène :

v.13 et 14  assonance en [i]: « vIvez », « sI », « aujourd’huI », « vIe » (= le dernier mot du sonnet) s’oppose à la monotonie de la vieillesse.

Focalise sur la vieillesse et le regret d’Hélène. Ronsard ne fait pas l’éloge de la beauté de la jeune fille, il ne fait que l’évoquer en la situant au passé.

 Ronsard détient la solution : le « carpe diem » d’Horace évoquant l’épicurisme. La rose connote l’aspect éphémère de la beauté : il est donc urgent d’agir…

2 – Ronsard

 Rime en [o] (pauvre) et sonorités en [o] et [õ] rappellent « Ronsard »  mort qui ne trouble pas son « repos » ( « regrettant »)

Mort sereine : 9″fantôme », 10″ombres myrteux ( A l’ombre(masculin au XVI°siècle) des myrtes(masculin), herbes à feuillage toujours vert, consacrés à Vénus. Dans les Champs Elysées, le Champ des Pleurs est hanté, selon Virgile (Enéide VI, 443) par les amoureux qui n’ont pas su aimer : ambiguïté du « repos » de Ronsard… Mais Ronsard suggère sa gloire car le myrte était l’emblème de la gloire, chez les Grecs « Myrteux » est un adjectif créé par la Pléiade), « repos » = euphémismes qui évoquent la « non mort » ( « non vie » d’Hélène) .

 Mort, certes, mais immortel cf. v.3 « chantant mes vers », « émerveillant », 7 « au bRuit de Ronsard », « Réveillant », 8″Bénissant », « louange immortelle »: récurrence des nasales = solennel + allitération en [R] évoque le « Réveil » des servantes.

Ronsard se donne le rôle de la renommée alors qu’il avait donné à Hélène celui de la vieillesse

 Ronsard accentue la déchéance physique d’Hélène cependant il prend soin de ne pas se présenter vieux mais mort, en « repos » il n’attire pas l’attention sur sa propre déchéance et peut éveiller la pitié d’Hélène. Hélène est tourmentée car elle n’a pas pris la bonne décision alors que Ronsard apparaît triomphant.

CONCLUSION

On peut relever l’originalité de cette invitation à l’amour car basée sur la vieillesse et la mort.

Le sonnet se prête bien au message : les 12 premiers vers développent l’avenir sous forme d’un tableau dépréciatif et désespéré; on évolue de la désolation vers la déchéance et la mort. En opposition la chute (ou la pointe) des 2 derniers vers ramène à la jeunesse et à l’épicurisme : jouissance et sagesse.

Ronsard se présente comme un sage détenant la vérité. Son repos après la mort prouve qu’il a la conscience tranquille.

OUVERTURE au choix : – aspect spécieux du raisonnement : Hélène peut profiter de la vie avec un jeune homme ;

– perfection de l’écriture poétique caractéristique de la Pléiade.

– poème d’amour prouvant qu’on peut ne pas déclarer sa flamme tout en essayant de

persuader

– …

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